Rouen Armada 2013. Le Belem fête ses 117 ans : visite à bord

Classé monument historique depuis près de trente ans, le Belem est l'une des figures de cette Armada 2013. Retour sur ce navire qui fête à Rouen, lundi 10 juin 2013, ses 117 ans.

Dernière mise à jour : 10/06/2013 à 15:15

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Lundi 10 juin 2013, le Belem a fêté ses 117 ans, sur les quais de Rouen (photo : Bastien Czerwony)

Pour son grand retour à l’Armada après son absence en 2008, le Belem est très prisé des visiteurs. Chargé d’histoire, ce trois-mâts barque nous est présenté par Nicolas Plantrou, président du Conseil d’Orientation et de Surveillance de la Caisse d’Épargne Normandie et président de la Fondation Belem, Yannick Simon, commandant du bateau et Yves Broudic, chef mécanicien.

117 ans d’histoire…mouvementée

À l’origine de cette histoire se trouve un dîner à la fin de l’année 1895 dans le restaurant La Cigale entre les deux familles qui dominent alors le port de Nantes : les Crouan et les Dubigeon. Le premier demande à l’armateur Dubigeon un bateau pour son client, les chocolateries Menier, afin de faire le trajet jusqu’au Brésil pour recueillir des fèves de cacao. Il veut un bateau capable de durer plus de 8 ans. Dubigeon choisit alors de bâtir un navire à voiles et en bois. Lancé le 10 juin 1896 sous le nom de Belem, il effectue 33 expéditions entre Nantes et la ville brésilienne dont il porte le nom.

Il connaît des périodes très mouvementées, comme un voyage avec 121 mulets à bord. Objectif : la construction du métro de la capitale uruguayenne Montevideo. Mais un incendie se déclare au port de Belem, endommageant gravement le bateau et carbonisant l’ensemble des mulets à bord. Malgré les réticences de certains, le commandant Lemerle souhaite reprendre la mer : le Belem naviguera après avoir subi de lourdes réparations. En 1902, sa place au port de Fort-de-France est prise : il doit trouver un emplacement ailleurs en Martinique et échappera à la grande éruption de la Montagne Pelée qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et causé la destruction de plusieurs bateaux dans la rade.

Épargné par les Guerres Mondiales

Après la liquidation de l’armement Crouan en 1906, le navire change plusieurs fois de propriétaire avant d’être vendu en 1914 au Duc de Westminster. Celui-ci décide de la transformer en un yacht de luxe, ce qui occasionnera de profondes modifications en chantier naval de 1914 à 1918 et protègera de la Première Guerre Mondiale. L’intérieur est aménagé de façon très luxueuse et le Duc peut y accueillir 26 personnes, dont sa maîtresse Coco Chanel. Deux moteurs de 500 cv chacun y sont installés et des mécaniciens sont ainsi embauchés. Mais le Duc se lasse de son utilisation et le vend en 1921 au brasseur irlandais Sir Arthur Ernest Guinness, qui le rebaptise Fantôme II et nourrit le projet d’y effectuer le tour du monde avec sa fille et une amie de celle-ci. C’est d’ailleurs elle qui relatera ce périple réalisé en 1923 et 1924 dans un journal de bord qui constitue la preuve écrite de ce fameux tour du monde. Il est basé en Angleterre durant le Seconde Guerre Mondiale.

Une nouvelle vie en Italie

En 1945, Guinness meurt et le Fantôme II est vendu quelques années plus tard à la Fondation Cini. Il devient alors un navire-école sur l’Île San Giorgio – près de Venise – pour les enfants ayant perdu des parents marins lors de la Seconde Guerre Mondiale. Il est alors renommé Giorgio Cini et ses moteurs sont modifiés. Il est alors oublié en France malgré un passage à Toulon. Lorsque la Fondation Cini connaît des difficultés financières dans les années 1970, le bateau est abandonné et s’abîme.

En images : petit tour à bord du Belem

Le retour en France

En 1979, un Français remarque à Venise ce navire sous pavillon italien à l’abandon. En le visitant, il aperçoit dans le “grand roof” – salon luxueux aménagé par le Duc de Westminster – une plaque indiquant “Chantier Dubigeon – Chantenay”. Il décide de rapatrier ce navire en France, mais est dans l’impossibilité financière de parvenir à ses fins. Il obtient alors l’aide de la Caisse d’Épargne et de l’Association pour la Sauvegarde et la Conservation des Anciens Navires Français (ASCANF) tandis que le Giorgio Cini sera remorqué par un navire de la Marine Française. Il quitte Venise en 1979 alors que « de nombreux Vénitiens étaient sur les quais et ont pleuré au moment de son départ » précise Nicolas Plantrou. Il arrive à Brest et doit subir d’importantes réparations pour être reconstitué. La Fondation Belem est créée en 1980 afin d’assurer l’entretien du navire, qui a retrouvé son nom original. Elle est reconnue d’utilité publique.

Présent à tous les grands événements

Classé monument historique, le Belem représente la France lors du Centenaire de la Statue de la Liberté en 1986. Il participe trois ans plus tard à la première Armada de Rouen, un rendez-vous qu’il ne manquera qu’en 2008 en raison de sa présence aux festivités du 400ème anniversaire de la ville de Québec. Il fut également présent à Londres en 2012 pour le Jubilé de la Reine Elisabeth II, où il a accueilli « une vingtaine de membres de la famille royale, dont le Prince Charles ». Il devrait revenir à Venise en 2014 et, pour fêter son 120e anniversaire, se trouver à Rio de Janeiro durant les Jeux Olympiques 2016 qui tiendront dans la métropole brésilienne.

Des stages de plusieurs jours

Particularité de ce trois-mâts barque, il offre la possibilité d’effectuer des stages de deux à dix jours et accueille chaque année quelques 1 200 stagiaires, avec un maximum de 48 chaque semaine. Lorsqu’il se trouve à quai, il est ouvert aux réceptions pour les entreprises ou les particuliers.

À voir : un reportage de SailingNewsTV à l’occasion de l’un de ces stages, organisé au départ de Saint-Malo :

Un patrimoine sauvegardé

Actuellement dans sa 4e saison – la 2e en tant que commandant – sur le Belem, Yannick Simon explique que sa venue a été motivée par une « volonté de rencontrer le patrimoine ». Ainsi, le commandant, passé par une formation de marine marchande sur des paquebots, a vu défiler bon nombre de visiteurs sur le Belem. Yves Broudic, chef mécanicien dans sa 5e saison sur le Belem explique cette volonté de préserver le passé du navire en évoquant la puissance des moteurs, qui est la même qu’à l’époque du Duc de Westminster : « Les Italiens avaient abaissé la puissance, mais nous l’avons ramenée à 1 000 cv, qui était celle conseillée par le Duc ». Il possède quatre cuves à fioul de 10 m3 chacune et peut atteindre la vitesse de 10 nœuds, soit environ 18 km/h.

Avec le mécénat de la Caisse d’Épargne et de « nombreux donateurs parmi les entreprises et les particuliers », le Belem a encore de beaux jours devant lui. Les sirènes des bateaux présents à l’Armada ont d’ailleurs résonné, lundi 10 juin 2013, à midi pour célébrer son 117e anniversaire.

De notre stagiaire, Bastien Czerwony

 

Rouen, 76