Sotteville-lès-Rouen Interview. Lady Arlette, retour de la Diva le 12 février

Lady Arlette fait son retour à Rouen mardi 12 février avec un nouvel album. Appelez-la désormais Diva. Son plus rock et moins dentelle. Rencontre avec Annabelle, alias Lady Arlette

Dernière mise à jour : 11/02/2013 à 09:53

La Lady devenue Diva. (Photo Catherine Dente)
La Lady devenue Diva. (Photo Catherine Dente)

76actu : Pouvez-vous nous expliquer pourquoi avoir choisi un mode d’enregistrement live ?
Lady Arlette : Après Je suis Madame, nous avions envie avec Paolo, Laurent et Pierre d’un enregistrement qui reflète davantage l’esprit de Lady Arlette : l’énergie et notre complicité. Enregistrer live permet de garder ce lien entre nous et une certaine « fraîcheur». Et puis on a eu la chance d’être sur la même longueur d’ondes que Pierre-Alexis Quoniam, l’ingé-son qui nous a enregistré ; il voyait les choses en live et c’est aussi un spécialiste (il a enregistré notamment La Maison Tellier).
Evidemment ce que l’on pourrait perdre en rigueur, on le gagne en spontanéité !

En live au Trianon :

Votre musique s’affirme plus rock ? Pourquoi ? Vous quittez les dentelles pour le cuir ?
Le cuir est lourd à porter (rires). Je quitte les dentelles au niveau du costume mais pas des textes que j’essaie toujours de travailler ! Si je pouvais m’approcher de certaines phrases de Thiéfaine, de Brigitte Fontaine, Dominique A … j’en serais ravie ! J’ai eu envie d’un retour à une certaine énergie et sobriété (qui n’empêche pas le décalage, l’humour et la fantaisie). Je me suis rendu compte que malgré le costume, ce que Lady Arlette racontait passait au-delà de la mise en scène, de l’apparat qui finalement ne s’imposait plus.

Je n’avais plus besoin de ça pour monter sur scène ! D’ailleurs j’ai fait quelques dates acoustiques, seule et habillée assez simplement. Et le contact est passé quand même. Le nouvel habit, sobre, simple, mais classe quand même, est fait avec et par Pascale Barré avec qui nous avions travaillé pour Claire et ses Radis. Comme Stan Morelle (qui fait nos lumières), elle travaille au théâtre et ça va tout à fait bien à Lady Arlette !
Et puis on verra bien vers quoi on va ensuite ! De l’électro (Yallinn a fait un remix d’un des titres que j’aime beaucoup (et que vous découvrirez au printemps … ou vers l’acoustique … ou vers des mélanges de genre : du raï, du rap, du slam et Arlette ?)

À voir : Je suis Diva :

Vos paroles paraissent décalées à la première écoute, mais finalement suivent un fil conducteur. Comment écrivez-vous ? Quels sont vos maîtres à penser ?
Écrire est difficile et en même temps, ça vient comme un coup de foudre. C’est pour ça que j’ai des carnets, des feuilles dans mon sac, ma voiture, à côté de mon ordinateur, de mon lit… Et je remercie les inventeurs des dictaphones ! Ce sont des phrases qui me viennent, des mots en écoutant une chanson, en rencontrant quelqu’un, en voyant quelque chose… Et ensuite je prends ma guitare ou des programmes sur l’ordi et je continue le texte. J’ai remarqué qu’il me faut être en « tension » pour écrire, dans l’urgence. J’ai une admiration sans borne pour l’écriture de Brigitte Fontaine !

Les références

J’aime aussi des poètes comme René Char, Francis Ponge, Philippe Jaccottet … J’aime le style dépouillé de Souchon, le phrasé de Dominique A, l’écriture de guL qui reste pour moi l’un des grands artistes de la région et de la chanson-rock tout court !

Comment travaillez-vous vos musiques. Comment leur donnez-vous vie ?
Ce qui est bien dans ce nouvel album, c’est que beaucoup de titres ont été co-composés avec les garçons ! J’amenais une idée de texte et un ou deux accords et on bossait ensuite ensemble. Ça a été plus long mais plus intéressant et je pense que ça participe à la cohérence de l’album. Et quand c’est un titre que je compose « seule »,  je travaille sur des logiciels comme Reason et Live : je cherche la ligne de batterie et de basse (c’est ce que j’écoute beaucoup dans les CD !), des textures et puis je rajoute la ligne de voix.
J’ai aussi beaucoup composé avec mes enfants pour « Je suis Diva » et notamment le petit dernier (Lucien, un an et demi) que je gardais et à qui je jouais de la guitare. Je rajoute que Claire Jau et Ariane Delamotte-Legrand sont souvent des oreilles intelligentes et inspirantes !

En famille

Concernant la pochette, assez sombre. On croise des objets, des silhouettes dans un faisceau rose. Comment est née cette idée ? Quelle est sa traduction ?
En septembre 2012, je proposais des idées pour le nouveau visuel mais parfois, quand on fait beaucoup de choses soi-même, on en oublie le recul et l’intelligence du propos… J’ai décidé de faire confiance à mon neveu, Adrien Cavallin, 20 ans, féru d’électro et de musique underground – loin donc des mondes d’Arlette mais avec comme seul point commun (c’est important), l’affection qui nous lie. Il m’a demandé des photos,  je lui ai envoyé notamment celle de Seb Petit et il a tout construit autour de ça. J’ai juste suggéré l’inversion des caractères. Il a tout fait et a donné une image de moi sobre, délicate et très pro !

Et puis je suis contente qu’il fasse partie de l’aventure. Des évènements familiaux difficiles sont venus et je suis contente que Je suis Diva rende hommage aussi à des personnes importantes de ma vie. Pour moi d’ailleurs, cet album est plus que de la musique : ce sont des textes sur des moments très forts de ces dernières années, de belles rencontres ou retrouvailles et une façon de laisser les autres s’occuper et parler élégamment de Lady Arlette : Adrien Cavallin, Michaël Feron, Pierre-Alexis Quoniam, Florent Barthélémy… Cette pochette me fait un peu penser à la classe et la sobriété d’un Bashung. Sombre parce qu’il y a beaucoup de mélancolies, mais du décalage (on le voit avec la Grestch ou les docs sur la jaquette).

Lady Arlette au Rêve de l’escalier

La souscription est-elle un bon moyen de production d’un album ?
Tout à fait ! C’est une façon d’associer les gens à un processus créatif ! Cela crée un lien entre celui ou celle qui écoute, vient au concert et l’artiste : je voulais absolument m’occuper des envois (mettre un mot et prendre soin des presque 100 envois !). J’ai d’ailleurs eu des retours via les réseaux sociaux et des mots très touchants, notamment de la part du père d’une amie, 78 ans, poète et lettré éclairé qui m’encourage à continuer, même si les mondes de la Diva lui sont difficiles d’accès.

Comme un don humanitaire

Je compare la souscription aux dons humanitaires : je donne à Emmaüs, aux Restos du Cœur ou à Médecin du monde : je sais que je ne vais pas changer le cours de la misère mais je me dis que ça peut aider un peu. Il me semble que dans des systèmes de produit, de marketing, de manipulations d’images, de sons où les gens ne sont pas des personnes mais des usagers, des clients, revenir aux fondamentaux de l’existence n’est pas un mal. La solidarité et la réelle écoute sont importantes !

  • Infos pratiques :
    Mardi 12 février
    Au Trianon Transatlantique, avenue du 14 juillet (Sotteville-les-Rouen) à 20h30
    De 7 à 14 euros
Avenue du 14 Juillet, 76300 Sotteville-lès-Rouen, France