Saint-Vigor-d'Ymonville La guerre du ciment, au Havre

Deux projets de cimentiers qui feraient venir leur matière première de Turquie pour la conditionner au Havre inquiètent la cimenterie Lafarge, en place depuis 40 ans. Explications.

Dernière mise à jour : 20/11/2012 à 16:33

Si nous devions passer au- dessous du seuil de 50% de  notre capacité de production, nous sommes évidemment voués à la disparition », alarme le directeur de la cimenterie Lafarge (Si nous devions passer au- dessous du seuil de 50% de  notre capacité de production, nous sommes évidemment voués à la disparition », alarme le directeur (©Lafarge).
Si nous devions passer au- dessous du seuil de 50% de notre capacité de production, nous sommes évidemment voués à la disparition », alerte le directeur de la cimenterie Lafarge (©Lafarge).

Estelle Grelier, députée socialiste de la 9e circonscription, se satisfaisait récemment de la suspension d’un projet de construction de silos destinés à stocker du clinker (matière première pour fabriquer le ciment), à proximité de la cimenterie Lafarge, à Saint-Vigor-d’Ymonville. De projets, il en existe deux en fait, qui souhaitent prendre forme sur les rives du grand canal du Havre, sur le terminal multivrac. Deux projets qui inquiètent l’acteur local, le cimentier Lafarge.

Quels sont ces projets ?

« Le Grand port maritime du Havre (GPMH) vient de finaliser l’attribution d’exploitation dudit terminal, à la société Smeg », lit-on sur le blog de Marc Migraine, l’adjoint en charge du commerce à la Ville du Havre.
« Une convention d’occupation temporaire a également été actée avec les trois sociétés que sont Smeg, Smeg International et Liants Océanes pour la réalisation d’un projet à proximité du centre multivrac sur un terrain d’une superficie de huit hectares », détaille l’élu.

Sur ces terrains devraient ainsi voir le jour une installation de production d’électricité et de vapeur, la construction d’une unité de broyage de clinker, ainsi qu’une activité de stockage et de manutention. Or, sous l’impulsion d’Estelle Grelier, c’est l’entreprise SMEG qui vient de se voir notifier une suspension pour l’implantation de ces silos de stockage.
Cet accord passé entre la SMEG et le GPMH vient tout de même contrecarrer le second projet qui souhaitait lui aussi développer une usine de broyage de clinker comme elle l’a fait récemment à proximité de Saint-Nazaire. Ce dernier est porté par Vracs de l’Estuaire, une entreprise qui avait déjà obtenu toutes les autorisations administratives pour déployer son projet sur les rives du grand canal, mais qui s’en trouve désormais empêchée puisque le quai de déchargement sur le terminal multivrac, nécessaire à l’entreprise, est désormais propriété de la Smeg.

Un marché français déjà saturé

Similarité des deux projets : ils achemineront sur le Havre un clinker en provenance de Turquie, moins cher que celui fabriqué localement afin de le broyer en bord à quai. Les coûts de production en seront d’autant diminués tout comme le prix de vente du ciment.
C’est ce qui inquiète énormément la cimenterie Lafarge, implantée depuis plus de 40 ans, à Saint-Vigor-d’Ymonville, près du Havre. Une cimenterie qui a opté pour une fabrication 100 % locale de son ciment.

« Le clinker est extrait de notre carrière de craie locale, il est cuit ensuite dans notre cimenterie avant l’étape du broyage », souligne Jean-Louis Sibioude, le directeur.

190 emplois sont nécessaires au processus. Et si la cimenterie a fait le choix de produire local, elle vend aussi sa marchandise sur un marché exclusivement français, concentré sur la Normandie et la région parisienne.

« La conjoncture actuelle est difficile », confirme le directeur, « puisque l’usine fonctionne à 65% de ses capacités. En France, c’est une réalité, on produit plus que la demande, désormais. La capacité de production de ciment est de 32 millions de tonnes pour un marché qui n’en réclame que 18 ! »

« Un danger pour l’économie locale »

L’éventualité de partage de ce marché tendu avec deux nouvelles implantations locales ne fait donc qu’aiguiser les inquiétudes du cimentier havrais.

« Si nous devions passer au-dessous du seuil de 50% de notre capacité de production, nous sommes évidemment voués à la disparition », alerte le directeur.

Et d’insister sur le fait que « c’est toute une économie locale et circulaire qui serait fragilisée ». 40% du combustible brûlé dans la cimenterie provient en effet du recyclage, et c’est auprès d’entreprises du territoire que la cimenterie Lafarge s’approvisionne.
Alors que l’usine s’apprête à investir quelques 80 millions d’euros dans la modernisation de son site pour assurer sa pérennité dans les 40 prochaines années, la cimenterie Lafarge aimerait connaître rapidement le dénouement de cette guerre des ciments.

« Il faut désormais poser la question : quel est le modèle économique que nous souhaitons défendre en France  ? C’est plus qu’une question économique, c’est une question de société », conclut Bertrand Cathala, directeur des activités portuaires pour le groupe Lafarge.
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