L'eau est-elle vraiment potable en Seine-Maritime ?

Plus de 70 communes de Seine-Maritime bénéficient de dérogations, pour distribuer une eau qui contient des produits polluants dépassant les seuils réglementaires. Explications.

Dernière mise à jour : 28/01/2013 à 15:49

La carte des dérogations sur les normes de la qualité de l'eau en France.
La carte des dérogations sur les normes de la qualité de l'eau en France.

Nitrates, arsenic, atrazine, glyphosate… Ces noms vous évoquent peut-être quelque chose, mais vous ne sauriez dire exactement quoi, si ce n’est qu’ils correspondent à des produits que vous n’auriez sûrement pas envie d’avoir à proximité de chez vous. Et pourtant, sans le savoir, vous faites peut-être partie d’une des 419 communes de France, dont 70 en Seine-Maritime, qui bénéficient de dérogations préfectorales leur permettant de délivrer une eau non totalement conforme et qui peut justement contenir l’un des produits cités ci-dessus. L’eau est-elle non potable pour autant ? Explications.

Du chlortoluron dans l’eau de certains quartiers rouennais

En Seine-Maritime, ce sont surtout les pesticides qui sont concernés et susceptibles d’être trouvés dans l’eau du robinet. À Rouen par exemple, plusieurs quartiers (Bas de ville ; La Jatte ; Ernemont ; Les Sapins et Saint-Hilaire) sont l’objet de ces dérogations : l’eau qui y est délivrée contiendrait du chlortoluron, un produit phytosanitaire aux effets herbicides, que vous ingérez donc très certainement si vous consommez de l’eau du robinet. À savoir : ces dérogations sont valables jusqu’en février 2015.

La CREA, qui dispose de la compétence de la gestion de l’eau sur le territoire, consacre une page à l’eau sur son site internet.

On y apprend que « l’eau distribuée doit répondre à plus de 60 critères de potabilité fixés réglementairement » et que « dans chaque département, le pôle Santé-Environnement de l’Agence Régionale Santé (ex DDASS) analyse sa qualité. L’eau est également contrôlée régulièrement par la CREA du captage jusqu’à votre robinet ».

L'Agence Régionale de Santé de Haute-Normandie remet régulièrement un bilan de la qualité de l'eau et de la protection des captages, au Conseil de l'environnement et des risques sanitaires (Photo : Lena Auvy)
L'Agence Régionale de Santé de Haute-Normandie remet régulièrement un bilan de la qualité de l'eau et de la protection des captages, au Conseil de l'environnement et des risques sanitaires (Photo : Lena Auvy)

L’agence régionale de santé surveille l’eau que vous consommez

La CREA informe également que « l’eau du robinet est riche en sels minéraux », qu’elle contient du calcium, du magnesium, du sodium et du fluor, mais il n’est pas fait état de ces dérogations, ni du produit concerné, le chortoluron pour Rouen, en l’occurrence. Pour en savoir plus, il faut se rendre sur le site de l’Agence Régionale de Santé (ARS), qui publie notamment les alertes à la pollution concernant l’eau du robinet et donc les restrictions de consommation qui en découlent.

L’ARS est également tenue de remettre un bilan au Conseil de l’Environnement et des Risques Sanitaires (Coderst), qui établit la qualité des eaux destinées à la consommation et fait le point sur la protections des captages en Seine-Maritime.

Pas de dérogation en cas de risque sanitaire

« La démarche qui conduit à la délivrance d’une dérogation par arrêté préfectoral est très encadrée. Dans tous les cas, s’il existe un risque sanitaire, aucune dérogation ne peut être accordée. Par exemple, la turbidité ou le dépassement des normes microbiologiques, des phénomènes fréquents dans certaines communes de Seine-Maritime, entraînent une restriction immédiate de l’usage de l’eau », fait valoir Sylvie Homer, responsable de l’unité « eau et littoral » du pôle santé et environnement de l’ARS.

Dans tous les cas de dérogation préfectorale, Sylvie Homer signale d’ailleurs que les communes sont tenues d’informer la population. Et s’il y a dérogation, cela signifie que la commune, ou plus généralement le syndicat d’eau dont elle fait partie, est tenue de « s’engager sur un programme d’actions ».

« Cet engagement doit se traduire en deux volets : tout d’abord d’une manière préventive par rapport aux pesticides et ensuite avec un aspect curatif, pour solutionner sur le long terme le problème de pesticides et de nitrates. La durée de la dérogation est de trois ans, renouvelables : la mise en place d’actions demande en effet du temps, ce qui explique ces délais », souligne Sylvie Homer.

Une carte des dérogations préfectorales établie par France Libertés

Le Pays de Bray, le Pays de Caux et d’autres communes près de Dieppe sont également concernées par ces dérogations, pour des produits répondant aux noms de “atrazine déséthryl” ou encore “tétrachloréthylène” et “tricholoroéthylène”, autres herbicides ou solvants. Une carte des dérogations sur les normes de qualité de l ‘eau en France a d’ailleurs été établie par France Libertés - la fondation de Danielle Mitterrand - et par l’association 60 millions de Consommateurs, qui ont lancé en 2011 une grande enquête, visant à plus de transparence sur le sujet vital de l’eau. Cette enquête s’est penchée en juillet 2012 sur la qualité de l’eau et les résultats recueillis auprès des habitants seront connus en mars 2013.

Quoi qu’il en soit, l’Agence Régionale de Santé insiste sur le fait  que l’eau est tout à fait potable, sans risque pour la santé, même en cas de dérogation accordée à une commune : le dépassement du seuil réglementaire est en effet fixé à 0,4 microgrammes, alors que la référence sanitaire est de 2 microgrammes, soit cinq fois plus. Autant dire que la marge est importante, pour prévenir tout risque sanitaire.

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