Rouen Rouen. "Non, Virgin n'est pas encore mort !"

Olivier est salarié de l'enseigne Virgin à Rouen depuis 13 ans. Aujourd'hui, il veut croire que le magasin rouennais peut encore être sauvé. Il explique pourquoi à 76actu.

Dernière mise à jour : 27/02/2013 à 09:06

Olivier est salarié de Virgin à Rouen, depuis 13 ans maintenant. Il veut croire encore que le magasin de Rouen peut poursuivre son activité.
Olivier est salarié de Virgin à Rouen depuis 13 ans maintenant. Il veut croire encore que le magasin de Rouen peut poursuivre son activité.

Olivier est salarié de l’enseigne Virgin à Rouen, depuis l’ouverture. Il a donc connu l’implantation en centre-ville, rue Lécuyer, puis le déménagement en 2009, qui selon lui a contribué à creuser le déficit du magasin rouennais. C’est l’un des arguments qu’il met en avant aujourd’hui, alors que le groupe Virgin est toujours en attente d’un éventuel repreneur. La date butoir pour que ces derniers se fassent connaître est fixée au 5 avril 2013 : c’est dire si l’échéance s’approche. Les salariés sauront s’ils ont une chance ou non de conserver leur emploi. Olivier a accepté de nous parler de l’état d’esprit qui règne actuellement au sein de l’enseigne et de nous expliquer pourquoi il continue à se battre… même s’il se sent plutôt seul actuellement.

Des salariés démobilisés

« Je suis malheureusement pratiquement le seul sur mes 30 salariés au Virgin de Rouen à continuer à me battre. J’ai l’impression qu’on ne parle plus de nous, on est un peu oubliés et mes collègues sont démobilisés, presque prêts à la perspective de perdre leur emploi », constate Olivier, désabusé.

Un défaitisme qui se sent d’ailleurs également chez les clients, puisque le magasin de Rouen enregistre une baisse de fréquentation de l’ordre de 30 à 40% depuis l’annonce du dépôt de bilan en somme. « Dans l’esprit des gens, le magasin est déjà fermé, il n’existe plus. On sent que pour eux, l’affaire est déjà pliée », déplore le salarié rouennais.

Et pourtant, Olivier est certain qu’il est encore possible de sauver au moins le magasin de Rouen : il doute en effet qu’un repreneur se manifeste pour la totalité des magasins en France et accepte à l’avance un « plan de reprise à la découpe », mais rien n’empêche en effet, selon lui, des enseignes comme Cultura, de montrer leur intérêt. Et pour le salarié, les atouts pour croire en la pérennité du magasin des Docks sont nombreux.

Un million de visiteurs à l’année

« Il faut savoir que Virgin Rouen, c’est un million de personnes à l’année. Un chiffre que nous connaissons grâce à des capteurs qui comptabilisent les entrées dans le magasin. C’est aussi un magasin qui draine un public varié et pour tous les défenseurs de la culture, dont je fais partie, c’est un bon moyen d’attirer les gens vers le livre », soutient Olivier.

D’ailleurs, le salarié fait valoir que les chiffres de Virgin Rouen sont loin d’être mauvais : le chiffre d’affaire s’élèverait en effet à 6,5 millions d’euros. En 2012, les comptes étaient effectivement moins bons, mais Olivier souligne que la hausse de 40% du loyer aux Docks 76 a largement contribué à gréver le budget.

« Avec la hausse de 200 000 euros en 2012, nous arrivons à un loyer annuel de 700 000 euros. Je suis convaincu que c’est un point qu’un éventuel repreneur pourrait tenter de négocier. D’ailleurs, on pourrait envisager de couper la surface actuelle de vente, trop grande, en deux, ou bien pourquoi pas, déménager dans l’espace laissé libre au rez-de-chaussée, par le départ du Monoprix. Il faut se battre là-dessus », plaide le salarié, qui ne manque d’ailleurs pas d’arguments pour susciter l’intérêt de tous, au sort du Virgin Rouen.

Concurrence déloyale des sites en ligne

Autant de solutions qui paraissent comme des éclaircies pour l’enseigne de Rouen, même si Olivier reconnaît, sans comprendre pourquoi, que les actionnaires ont certainement mal négocié la tendance de l’achat en ligne des consommateurs et qu’ils ont commis « des erreurs stratégiques », en achetant notamment le magasin des Champs Elysées, certainement à l’origine de la chute de l’enseigne. Il n’oublie pas non plus que certains sites en ligne pratiquent « une concurrence déloyale », par rapport à des enseignes comme Virgin ou la Fnac.

« Les gens qui achètent sur Internet doivent savoir que certaines entreprise ne paient aucun impôt en France et qu’elles contournent systématiquement la loi sur le prix unique du livre. Et si on ajoute à cela que sur Internet, les gens peuvent acheter aussi et surtout le dimanche, alors que de notre côté, la réglementation ne nous autorise à ouvrir que six dimanches par an, c’est là aussi déloyal », poursuit le salarié.

Tous ces arguments, le salarié de Rouen entend bien les faire entendre aux politiques de la région. Tous ont déjà manifesté leur soutien aux salariés de Virgin, que ce soit le maire de Rouen, Yvon Robert, le président de la région, Alain Le Vern et tout récemment, Didier Marie, du Département de Seine-Maritime : mais des lettres de soutien ne sauraient être suffisantes selon le salarié, si elles ne sont pas suivies d’actes concrets. Et quand bien même il ferait figure de Don Quichotte se battant seul contre tous, Olivier compte bien mettre en avant tous ces arguments, pour qu’au moins l’enseigne rouennaise soit sauvée. « J’ai choisi de travailler dans le livre par vocation. Je crois au livre et il est important de se battre pour un magasin culturel », conclut Olivier.


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